Parlez-moi d’amour (4) ou quand un homme en parle…

 

 

9782234063112-G

« C’est depuis cette seconde que je t’ai aimé. Je sais que les femmes t’ont souvent dit ce mot, à toi leur enfant gâté. Mais crois-moi, personne ne t’a aimé aussi fort – comme une esclave, comme un chien –, avec autant de dévouement que cet être que j’étais alors et que pour toi je suis restée. Rien sur la terre ne ressemble à l’amour inaperçu d’une enfant retirée dans l’ombre ; cet amour est si désintéressé, si humble, si soumis, si attentif et si passionné que jamais il ne pourra être égalé par l’amour, fait de désir, et, malgré tout, exigeant, d’une femme épanouie. »

 

 Ce livre n’a bien sûr rien d’une nouveauté mais il fait partie de ceux qui vous marquent et continuent de vous accompagner toute une vie.

Lettre d’une inconnue est une déclaration d’amour, un adieu déchirant d’une femme qui n’a cessé d’aimer un homme qui ne la reconnaîtra jamais. Il fut son voisin de pallier lorsqu’elle avait treize ans, elle guettait ses moindres faits et gestes jours et nuits, jusqu’au remariage de sa mère, où elle est contrainte de déménager, loin de lui. Pour ses dix-huit ans, elle reviendra sur Vienne, pendant trois nuits elle s’offre corps et âme à lui sans qu’il la reconnaisse pour autant. Naîtra de cette éphémère liaison, un enfant. Elle ne lui dira jamais. Elle l’approchera de près une dernière fois, mais encore une fois, il ne reconnaîtra pas sa jeune voisine, ni la jeune fille de dix-huit ans. On s’attache énormément à cette femme, cet être à la fois si fort et si faible face à son amour autodestructeur, son culte voué à cet homme volage, qui profite des plaisirs de la vie. Elle lui annonce dans cette lettre douloureuse son amour pour lui, mais aussi la mort de leur fils unique qui était le seul bien qui lui restait de lui. On espère jusqu’au bout de la lettre, que l’homme va la reconnaître, mais en vain, une courte nouvelle poignante et émouvante très bien écrite par Stefan Zweig qui décrit à la perfection les sentiments humains.

« Mon enfant est mort, notre enfant. A présent, je n’ai plus personne au monde, personne à aimer à part toi. Mais qu’es-tu pour moi, toi qui jamais ne me reconnais, toi qui passe à côté de moi comme on passe au bord de l’eau, toi qui marches sur moi comme une grosse pierre, toi qui toujours vas, qui toujours poursuis ta route et me laisses dans l’attente éternelle ».

 

Cette nouvelle de Stephan Zweig est une petite merveille. Un récit tragique d’une passion dévorante à sens unique. L’écriture de Zweig sublime le sacrifice de la femme amoureuse.

Sans doute le récit le plus bouleversant de Stefan Zweig, qui s’y entend comme personne pour démonter les rouages du sentiment amoureux

 

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Lettre d’une inconnue (titre original : Letter from an Unknown Woman) est aussi un superbe film américain réalisé par Max Ophüls, sorti en 1948.

Il semblerait qu’une nouvelle adaptation sorte cette année… Je demande à voir !

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