Une plume bien pendue…

En 2006, Pierre Bigorgne, rédacteur en chef du magazine “Grands Reportage”, propose à Sylvain Tesson de tenir un bloc-notes. “Carte Blanche” précise-t-il. Dans cette chronique mensuelle, l’écrivain, au fil de l’actualité, de ses voyages, de ses rencontres ou de ses lectures, nous livre ses réflexions, celles d’un homme qui a décidé de prendre ses rêves au sérieux et donc de vivre à contre-courant.

Comme tout écrivain digne de ce nom, Tesson a su développer un véritable art de l’observation. Il promène son regard sur notre monde. Une perception d’une réjouissante clairvoyance, toujours sensible, énergique et pleine d’humour. L’auteur dénonce, sans jamais se prendre au sérieux, les ravages que commettent les hommes au nom du bien, de la religion, et de la société de consommation, contre la nature et la vie.

Et si nous ne sommes pas d’accord avec toutes ses prises de position, tous ses propos  –c’est quand même notre droit !-, il n’en demeure pas moins que sa plume nous ravit, nous réjouit, nous bouscule gentiment.

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Sa Géographie de l’instant est remplie d’aphorismes que l’on a envie de souligner et d’apprendre par cœur.

Un recueil qui doit se lire comme un paquet de friandises : à chaque jour sa citation que nous dégustons, que nous savourons, plaisir de fin lettré. What else ?

Une ‘tite mise en bouche ?…

Paris, début juillet. Passe une manifestation de soutien aux rebelles syriens. Je regarde le cortège conspuer Bachar. Loin de moi l’idée de grincher dans ces lignes.  Mais tout de même, ces gens étaient étranges. Ils lançaient leurs slogans devant un pauvre clodo qui ne recueillait rien, assis sur sa grille. Pas un regard, pas un sourire, pas la moindre piécette. Et bien entendu, dans mon esprit racorni, hermétique à toute générosité, s’insinua le mot de Rousseau : « Tel philosophe aime les Tartares pour être dispensé d’aimer ses voisins. »

 

Le nombre de livres sur le sable des plages, l’été. Le livre est un instrument indispensable au bronzage : il peut servir d’appuie-tête, de pare-soleil, de lest pour les serviettes de plage ou de table de chevet pour ranger les crèmes solaires. (…) Du coin de l’oeil, j’aime bien regarder les titres. Sur les plages, on appelle cela « mater ». Parfois, on se fait attraper : « Monsieur, cessez de regarder mes titres ! » En général, ce sont des thrillers scandinaves ou des policiers américains que les gens dévorent sous les soleils brûlants. Moi, cela m’ennuierait un peu de rester allongé pendant que l’inspecteur Trucmuche essaie de savoir pourquoi Tuture a découpé Tatave au couteau à beurre…

Merci à Marie Mousse pour cette très belle idée lecture !

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