Harcèlement au collège, Noémya témoigne

Le harcèlement prend de plus en plus d’ampleur à l’école et touche près d’un élève sur dix en France. Près de la moitié des faits de harcèlement touchent les 12-14 ans, et les filles en sont souvent les premières victimes.

C’est ce que veut dénoncer Noémya, à travers ce témoignage, édité par Hachette.

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Durant ses années de collèges, Noémya a subi tout ce qui fait le quotidien des élèves harcelés : les brimades régulières, l’isolement systématique, le poids de la honte, la perte de confiance, l’envie d’en finir…

En lisant ce témoignage, j’ai entendu la souffrance de cette fillette, puis de cette adulte « poursuivie -par une souffrance intérieure- pendant des années comme un millier de coups de poignard dans le ventre ».

J’ai bien compris cet horrible mécanisme qui détruit à petit feu : chaque jour, à chaque heure et à chaque minute.

MAIS l’empathie n’a pas totalement fonctionné. La raison ? ce sont les mots très durs employés à l’égard des enseignants et du personnel d’éducation.

Je cite : « Depuis mon entrée en sixième, les profs pensaient tous que j’étais intellectuellement limitée. Tu te souviens, maman, à chaque conseil de classe, je recevais un avertissement travail. » (Très clairement, lorsque nous mettons un avertissement travail -ce dont nous n’abusons pas-, ce n’est certainement pas pour signaler une déficience intellectuelle.)

« Aujourd’hui, je me rends compte que j’ai plus de rancune envers ces professeurs qui n’ont pas réagi qu’envers mes propres bourreaux. »… « Je les implorais silencieusement. » « Ils me renvoyaient : Crève… »

Je ne peux pas laisser dire et écrire des choses comme celles-ci, même si je sais que ces mots sont la verbalisation d’une vraie souffrance.

Nombreux sommes-nous dans l’éducation nationale à avoir des enfants.

Nombreux sommes-nous à craindre de tels agissements pour nos chers et tendres.

Nombreux sommes-nous de ce fait -ou tout simplement par intelligence de cœur- à être attentifs à la moindre alerte.

Nous aimons nos élèves. Comment pourrait-il en être autrement ? Lorsque nous sommes en situation « d’échec » avec l’un d’eux, c’est un vrai sentiment d’impuissance qui nous anime, un vrai sentiment de tristesse. Bien souvent, dans notre vie « en dehors des murs de l’école », nous repensons à l’un ou l’autre, nous nous interrogeons, nous nous remettons aussi en question.

Je ne peux pas croire que durant 4 ans, un élève ne rencontre pas, dans son établissement, un adulte à qui se confier.

S’il y a un travail à faire, c’est un travail de déculpabilisation de l’enfant harcelé qui n’ose pas dire, qui a honte de dire.

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Si je n’ai pas adhéré à l’ouvrage précédemment cité pour les raisons exposées, il y en a un qui m’a beaucoup touchée et que j’ai volontiers fait tourner :

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Gaspard, jeune garçon solitaire et plutôt réservé, rentre en sixième. Sa maman, avec laquelle il vit seul depuis le divorce de ses parents, a essayé de le préparer au mieux à cette nouvelle étape, lui faisant mille recommandations et notamment celle de se méfier de certains garçons « trop sympas ». Lorsque le professeur fait l’appel et qu’il se retrouve aux côtés de cet élève nerveux, au regard incisif, Gaspard perçoit instantanément la menace…

Adoptant tour à tour le point de vue des deux protagonistes, Arthur Ténor nous permet de saisir, dans sa globalité, la construction de cette relation délétère qui va unir Gaspard et Anthony. Le récit, commençant par l’exposition de faits minimes, va crescendo dans cette descente aux enfers, jusqu’à l’explosion de la rage de Gaspard qui n’en peut plus de subir sans rien oser dire. Bien que fictive, cette histoire bouscule le lecteur ; son réalisme saisit. Le mécanisme du harcèlement est adroitement décrit aussi bien du côté de l’agresseur que de celui de la victime. Le recueil se termine par le témoignage pondéré et fort d’une mère dont l’enfant a été psychiquement démoli par le harcèlement. Un roman utile pour faire comprendre la gravité de ces pratiques que certains élèves qualifient de « jeux ». Une lecture qui peut être une bonne base pour une discussion en classe sur ce phénomène.

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