Des idées romans pour les 12-15

Le coup de cœur de Marie :

9782203080522FS (2)

 

Amelia a seize ans et noie ses complexes dans les sucreries, les gâteaux et les pains au chocolat ; alors, forcément elle a des kilos en trop et souffre du regard des autres. Bref, elle ne s’aime pas vraiment. En adoration devant ses parents qui ont tout réussi, elle ne se sent pas à la hauteur. Elle si trouillarde, voire hypocondriaque, comment pourrait-elle être comme eux, eux qui ont fait le tour du monde sur un voilier, sont partis au Soudan dans une ONG ? Alors elle traîne avec son mal-être, jusqu’au jour où sa mère reçoit un courrier d’une ONG mongole pour laquelle, il y a plusieurs années de cela, elle était partie quelques mois. L’ONG a besoin de bénévoles pour s’occuper des enfants des rues. Une mission idéale pour Amélia ?… La jeune fille n’ose dire non à ses parents, ne voulant pas les décevoir, malgré sa peur au ventre.
Elle va évoluer au cours de ces semaines à Oulan Bator, va s’ouvrir aux autres, découvrir l’humain, être touchée par ces enfants aux conditions de vie inimaginables et être confrontée à la violence de leur existence. Elle va être happée par la beauté et la rudesse des paysages, déstabilisée dans sa vision du monde et de son rapport aux autres. Elle va se laisser faire.
Elle en reviendra forcément transformée, grandie…

Dans ce récit initiatique, émouvant et instructif, Annelise Heurtier, avec beaucoup de réalisme et de poésie, montre combien les voyages ouvrent l’esprit et l’action humanitaire ouvre le cœur. Le ton est toujours juste, l’écriture limpide et facilement accessible. L’auteur décrit avec une justesse particulière les sentiments qui animent les uns et les autres : Amelia bien sûr, mais également tous ceux qu’elle va rencontrer sur place. J’ai été particulièrement touchée par le personnage de Franck, humanitaire bourru et pas facile d’accès mais qui se révèlera être efficace et sensible.

J’ai pris beaucoup de plaisir à accompagner Amelia dans cette belle et rude Mongolie et dans son cheminement intérieur. Les ados pourront sans peine s’identifier à elle.

Un beau roman sur les difficultés de l’adolescence, l’action humanitaire et la Mongolie. Un seul regret : une fin un peu cliché.

Une lecture que je conseille vivement à partir de 12 ans.

199 pages

Editions Casterman

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Espritlivres :

Pour commencer, une nouvelle. J’aime les nouvelles à chute ! Et, croyez-moi, celle-ci est particulièrement bien réussie.

9782035913432FS

Une femme parle d’elle et de son amour perdu. Qui est-elle ? Nous ne le savons pas. A qui parle-t-elle ? Nous le découvrons peu à peu. Pourquoi est-elle tenue de parler ainsi ? Nous ne l’apprenons qu’à la fin du récit.

 Mark Stevenson est la première des trois nouvelles du recueil  Les Jolis Garçons  qui présente, dans l’ordre chronologique, trois aventures amoureuses d’une jeune femme de 26 ans prénommée Emma.

Plus que les deux autres histoires, « Mark Stevenson » est assimilable à une nouvelle à chute, c’est-à-dire un court récit dans lequel les révélations, qui sont faites à la fin, amènent le lecteur à comprendre le sens réel du texte ou à modifier la compréhension qu’il en avait.

Ici, tout repose en effet sur l’implicite, sur ce qui n’est pas dit clairement. Et on peut dire que Delphine de Vigan emploie avec brio l’ellipse et la polysémie.

Avis aux futurs lecteurs : le plus important est ce que Delphine de Vigan ne dit pas ou ce qu’elle cache dans des zones de la nouvelle où on ne risque pas de repérer des indices. Comme au début du texte, par exemple, quand l’attention n’est pas encore focalisée sur les détails…

Une manipulation totale. GRANDIOSE !

76 pages

Editions Petits Classiques du XXIe siècle – Larousse

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Dans un tout autre genre, ce roman de Didier Daeninckx :

9782035874108FS

Crisanto est un tout jeune garçon de 12 ans. Il vit avec sa mère, ses frères et sœurs, ses oncles et tantes dans une toute petite maison, sur l’île de Bohol, au cœur de l’archipel des Philippines. Pour faire vivre sa famille, le père est parti au Qatar pour y couler le béton des gradins du Khalifa Stadium de Doha. Un jour, il n’a plus donné de nouvelles, ni envoyé d’argent. C’est à peu près à la même époque qu’un terrible tremblement de terre a obligé la famille à fuir et à connaître la misère. Crisanto, comme beaucoup d’autres enfants, est alors devenu un esclave volontaire sur un bateau de pêche…

Le titre retient d’emblée l’attention : le lagon, sollicitant notre imaginaire, n’évoque-t-il pas des images tropicales, d’eaux turquoise, de barrière de coraux… Comment peut-on être alors « esclave » d’un lagon ???? Ainsi mise en éveil, notre curiosité ne va plus jamais faiblir. S’ouvrant sur un tremblement de terre, le récit s’achève sur un cyclone. L’action est bâtie sur le principe de la chute : de malheur en malheur, les personnages tombent de plus en plus bas, jusqu’au cyclone salvateur qui, en détruisant tout, leur permet de repartir sur de nouvelles et meilleures bases.

Daeninckx, fidèle à l’engagement qui est le sien, lance ici un long cri contre l’injustice sous toutes ses formes et facettes.

Ses personnages sont beaux. Il y a Crisanto, cet enfant courageux qui n’a qu’une ambition : s’en sortir, lui et sa famille. Il y a aussi sa mère, qui, dans son malheur, par son courage, conserve toute sa dignité.

A noter, une solide documentation de l’auteur qui décrit à merveille les pratiques culturelles ou les techniques de pêche coralliennes, fait des références aux légendes locales, nomme les diverses espèces de poissons qui peuplent l’eau des lagons. Un exotisme total !

Une belle leçon de vie, de courage et même de beauté !

108 pages

Les Contemporains classiques de demain – Larousse

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