05/30/17

Très belles adaptations

Pour commencer, l’adaptation à destination des CM2 de l’un des plus emblématiques romans d’aventures

Ce récit palpitant, qui nous ouvre les portes du Grand Nord américain, met en scène un héros singulier, un loup. Le lecteur assiste à son développement et à son évolution.
Cette belle aventure est prétexte à une fable sur un monde où la sauvagerie des hommes dépasse parfois celle des animaux.

Le texte, ici abrégé, n’élude aucun des ressorts dramatiques du récit originel : sont très bien rendues la séparation mère-fils, la souffrance, la violence…

Des illustrations accompagnent et agrémentent ce roman exigeant, au vocabulaire choisi avec grand soin.

Une belle maquette à laquelle seront sensibles les plus jeunes.

A noter : des fiches pédagogiques très bien conçues sont à la disposition des enseignants sur le site de l’éditeur.

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Une histoire de sœurs dans laquelle bon nombre de petits lecteurs se reconnaîtront ; une belle adaptation française de The Seven Princesses

Smiljana Coh, toute jeune auteur-illustratrice croate, utilise son talent pour illustrer avec tendresse et justesse la complexité des relations dans une fratrie. Comment ne pas se retrouver dans ces adorables princesses aux caractères bien trempés qui atteignent, non sans difficulté, un point d’équilibre ? Tous les sentiments contradictoires sont subtilement évoqués dans cette histoire pleine d’une malicieuse tendresse qui offre l’opportunité de parler avec les enfants de la colère, de la jalousie et aussi du plaisir de savoir pardonner et de se faire pardonner.

Page après page le lecteur avance dans le récit, sans se lasser, en attente de voir l’évolution de la situation.

Les illustrations sont en étroite liaison avec les mots : les fonds sombres évoquant disputes et remords contrastent avec la luminosité des retrouvailles et autres moments complices.

Un très bel album !

Editions Larousse

02/5/16

Bel hommage à Jean-Claude Pirotte

Il y a beaucoup dans ce recueil.

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On y ressent cette errance du poète belge, cette quête que peuvent ressentir les humains.

En vers, en bribes de monologues, toujours poétiques, des tentatives de réponse à l’angoisse collective et individuelle sont données.

Chaque page est une tranche d’existence.

Et ce n’est pas un hasard si ce recueil tourmenté se clôt, après un cheminement lucide et sans concessions, par ces vers :

j’aurai franchi les paysages

comme un oiseau dans ses voyages

j’aurai connu la terre entière

et j’aurai vu toutes les mers

Ponctuant les textes, les illustrations en noir et blanc « déambulent », « dissèquent » ce quotidien qui régit la vie et la mort.

Editions Motus

 

05/14/14

Réjouissant !

Évidemment, Sylvain Tesson j’adore, alors quand son dernier recueil de nouvelles est sorti je me le suis offert et je me suis régalée.
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Dans S’abandonner à vivre, Sylvain Tesson se livre et finalement bien plus que Dans les forêts de Sibérie. Au fil des 19 nouvelles, dont on sent que certaines sont presque autobiographiques, on communie avec chacun des personnages, qu’il soit sniper, amant, ermite russe, exilé nigérien ou alpiniste.
Avec un art de la chute particulièrement consommé, Tesson nous embarque dans sa vision du monde faite de pessimisme exalté et de pofigisme.
« Pofigisme » n’a pas de traduction en français. Ce mot russe désigne une attitude face à l’absurdité du monde et à l’imprévisibilité des évènements. Le pofigisme est une résignation joyeuse, désespérée face à ce qui advient. Les adeptes du pofigisme, écrasés par l’inéluctabilité des choses, ne comprennent pas qu’on s’agite dans l’existence. Pour eux, lutter à la manière des moucherons piégés dans une toile d’argiope est une erreur, pire, le signe de la vulgarité. Ils accueillent les oscillations du destin sans chercher à en entraver l’élan. Ils s’abandonnent à vivre. »
Tesson dut être ou sera, dans une autre vie, russe. Il en a la poésie, l’exaltation, la folie.
Du microcosme intellectuel parisien aux profondeurs de la Taïga russe, en passant par les steppes de l’Asie centrale, on voyage au gré de ces aventures humaines, anodines parfois, mais qui ne laissent jamais indifférents .
Il y a de la force, de l’ironie, de la dérision mais aussi et surtout beaucoup de sagesse dans ce recueil.
Ce géographe, voyageur- écrivain, dont on sait qu’il a une passion pour les monuments de Paris qu’il a du tous escalader, est un érudit un peu fou qui nous donne envie de lire ou relire Gary, Junger, David-Néel ou encore Dostoïevski.
Vous saurez aussi pourquoi j’interdis désormais à mon mari de faire le Paris-Versailles.
Une plume brillante décidément ce Tesson !
Marie
02/17/13

Une plume bien pendue…

En 2006, Pierre Bigorgne, rédacteur en chef du magazine “Grands Reportage”, propose à Sylvain Tesson de tenir un bloc-notes. “Carte Blanche” précise-t-il. Dans cette chronique mensuelle, l’écrivain, au fil de l’actualité, de ses voyages, de ses rencontres ou de ses lectures, nous livre ses réflexions, celles d’un homme qui a décidé de prendre ses rêves au sérieux et donc de vivre à contre-courant.

Comme tout écrivain digne de ce nom, Tesson a su développer un véritable art de l’observation. Il promène son regard sur notre monde. Une perception d’une réjouissante clairvoyance, toujours sensible, énergique et pleine d’humour. L’auteur dénonce, sans jamais se prendre au sérieux, les ravages que commettent les hommes au nom du bien, de la religion, et de la société de consommation, contre la nature et la vie.

Et si nous ne sommes pas d’accord avec toutes ses prises de position, tous ses propos  –c’est quand même notre droit !-, il n’en demeure pas moins que sa plume nous ravit, nous réjouit, nous bouscule gentiment.

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Sa Géographie de l’instant est remplie d’aphorismes que l’on a envie de souligner et d’apprendre par cœur.

Un recueil qui doit se lire comme un paquet de friandises : à chaque jour sa citation que nous dégustons, que nous savourons, plaisir de fin lettré. What else ?

Une ‘tite mise en bouche ?…

Paris, début juillet. Passe une manifestation de soutien aux rebelles syriens. Je regarde le cortège conspuer Bachar. Loin de moi l’idée de grincher dans ces lignes.  Mais tout de même, ces gens étaient étranges. Ils lançaient leurs slogans devant un pauvre clodo qui ne recueillait rien, assis sur sa grille. Pas un regard, pas un sourire, pas la moindre piécette. Et bien entendu, dans mon esprit racorni, hermétique à toute générosité, s’insinua le mot de Rousseau : « Tel philosophe aime les Tartares pour être dispensé d’aimer ses voisins. »

 

Le nombre de livres sur le sable des plages, l’été. Le livre est un instrument indispensable au bronzage : il peut servir d’appuie-tête, de pare-soleil, de lest pour les serviettes de plage ou de table de chevet pour ranger les crèmes solaires. (…) Du coin de l’oeil, j’aime bien regarder les titres. Sur les plages, on appelle cela « mater ». Parfois, on se fait attraper : « Monsieur, cessez de regarder mes titres ! » En général, ce sont des thrillers scandinaves ou des policiers américains que les gens dévorent sous les soleils brûlants. Moi, cela m’ennuierait un peu de rester allongé pendant que l’inspecteur Trucmuche essaie de savoir pourquoi Tuture a découpé Tatave au couteau à beurre…

Merci à Marie Mousse pour cette très belle idée lecture !