09/9/15

La tête dans les étoiles

Union soviétique, 1951 – Le père de Rudi aurait voulu un fils à son image : un garçon qui aime la chasse, faisant un métier d’homme. Mais pour le jeune garçon de 13 ans, la vie, c’est la danse, c’est la musique. Et pour vivre ce rêve de devenir un danseur étoile, Rudy va tout donner, sans jamais perdre sa forte personnalité, celle-là même qui le différenciera des autres et fera de lui le plus grand danseur du XXe siècle.

9782012044425FS

 

 

 

Bon, je dois l’avouer, les premières pages ont failli avoir raison de ma lecture.

Et puis, l’empathie pour le personnage, la mise en scène, l’atmosphère même du roman l’ont emporté. J’ai été peu à peu happée par l’histoire, désireuse d’en connaître le dénouement.

Ce qui m’avait dérangé dès les premières pages -ce style très oralisé- devait prendre rapidement tout son sens.

Françoise Dargent choisit de nous parler de la période qui va de l’enfance jusqu’à l’entrée dans l’âge adulte de Noureev. Ses sentiments sont décrits avec une extrême pudeur, une délicatesse bienvenue.

Soigneusement documentée -sur la base de témoignages, d’écrits biographiques…-, l’auteur allie avec brio réalité et fiction.

Ainsi, certains personnages ont-ils existé ; l’époque de cette Europe divisée en deux blocs -qui parlent encore à certains :)- est-elle formidablement bien décrite.

Si bien qu’on sent que Noureev, cet être épris de liberté, ne pouvait que s’échapper de son pays. Un abandon inéluctable -on apprendra d’ailleurs que le Parti envisageait de le punir en lui brisant les genoux- dont le danseur a souffert toute sa vie.

Une lecture poignante.

Editions Hachette

 

08/30/15

Bonne pioche pour Bayard !

Après le gros succès rencontré par son roman

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qui a -entre autres- reçu le Prix Chronos 2014, Christophe Lambert revient avec un nouveau roman :

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Le décor : le camp de Terezin où étaient regroupés les artistes et intellectuels juifs et qui devait servir de vitrine à la propagande nazie.

Le thème : le parcours d’un auteur obligé d’écrire une pièce de théâtre qui sera jouée devant les représentants de la Croix-Rouge internationale. D’abord réticent, forcé de se mettre à l’ouvrage, l’écrivain va peu à peu être emporté par sa propre énergie créatrice.

L’intrigue : le réseau de Résistance pragois espère pouvoir exfiltrer la troupe durant la représentation.

Le dénouement : une fin ouverte ; libre au lecteur d’imaginer la suite.

L’écriture sobre et sereine de Christophe Lambert montre comment l’art peut supplanter une atmosphère ô combien oppressante. Tout est parfaitement dosé : du chagrin, de la peur, de l’abandon, de l’amitié, du partage, de la confiance…

Les personnages sont bien campés et, lorsque la lecture s’achève, ils sont métamorphosés et réconciliés avec eux-mêmes.

Un roman poignant.

Le plus : en fin d’ouvrage, la pièce en 5 actes écrite par le personnage principal. Une mise en abyme réussie 🙂

06/13/14

L’histoire d’une femme hors du commun

9782081286603FS

Septembre 1939. Après l’invasion de la Pologne par les troupes d’Hitler, la France et la Grande-Bretagne déclarent la guerre à l’Allemagne. Lucie Bernard est professeur d’histoire et Raymond Samuel, ingénieur. Ensemble, ils vont s’engager dans la Résistance et lutter contre le nazisme ; ensemble, ils combattront pour la liberté des hommes. Leur amour sera leur force.

Voici donc le premier tome d’une nouvelle collection Héroïnes de l’Histoire : des destins hors du commun. Cette biographie éclairée et éclairante, au plus près de la vie de Lucie, est une œuvre dense et émouvante, remplie de tendresse pour cette femme admirable, ne négligeant rien de son enthousiasme, de ses doutes, de ses espoirs et de ses peurs.

Pour donner de la vie à son récit, Philippe Nessmann a choisi de faire parler Raymond Aubrac à la première personne : “Je voudrais vous parler d’une femme exceptionnelle qui, pendant la guerre, a fait preuve d’une force de caractère et d’un courage hors du commun. Elle s’appelait Lucie Aubrac. C’était ma femme. ». Et bien lui en a pris. En deux cent treize pages, il parvient à raconter de façon vivante le parcours de Lucie, depuis sa rencontre avec Raymond en 1938 jusqu’à la libération de Paris en août 1944. Un parcours qui lui a permis de raconter la Seconde Guerre mondiale, la naissance de la Résistance, les arrestations, le courage de ceux qui ont donné leur vie pour la Liberté. Cet aspect très didactique est étoffé par un dossier informatif situé en fin d’opus : l’album “La résistance”, reprenant les dates et points clés, illustré de photos. Ces derniers éléments renforcent la dimension pédagogique remarquable de ce roman.

Une excellente initiative éditoriale dont la lecture devrait passionner et émouvoir aussi bien les jeunes adolescents que leurs parents.

224 pages

Editions Flammarion

02/3/14

Musique au coeur

willesdenVienne 1938 – Lisa est ce que l’on appelle un prodige. Elle joue du piano comme personne. Mais sa vie change irrémédiablement le jour où les nazis envahissent l’Autriche. Son unique chance d’échapper à la mort est de prendre le train pour Londres, en compagnie de centaines d’autres enfants…

 

Avec une écriture soignée d’esthète, Mona Golabek revient sur les événements marquants de la vie de sa mère, ceux d’une adolescence pour le moins tourmentée par une Histoire en marche.

 

Dans ce récit raconté avec élégance et pudeur, il y a d’une part l’épaisseur et la présence des personnages : celles de ces enfants sauvés, qui sentent tout sans forcément comprendre ; celles des êtres qui, autour d’eux, font qu’on ne désespère pas complètement de l’homme.

Il y a, d’autre part, l’écriture qui suit les fluctuations des corps et des cœurs – accélérations, ralentissements – ; une écriture n’abusant pas des artifices, mais collant au réel, le perçant, le remuant jusqu’à le métamorphoser en matière romanesque.

Et il y a surtout la musique, puissante force de vie. Cette musique que l’on entend, qui résonne dans cette maison et lui donne vie ; ces morceaux que l’on prend plaisir à se réapproprier le livre fini, comme pour prolonger ces instants de communion qui nous ont liés à ces enfants.

 

Cet ouvrage facile à lire, prégnant, est particulièrement adapté aux élèves de 3° qui étudient cette période de l’Histoire, qu’est la Seconde Guerre mondiale. Aucune sensiblerie, aucune mièvrerie, aucune haine, aucun ressentiment n’apparaissent.

 

Un roman poignant où, dans le va-et-vient historique, collectif et individuel, la tragédie est inséparable de l’espérance.

362 pages

Editions Hachette

 

 

09/26/13

Dans la peau de Jean

9782747047678FS

Paris, 1943 – Lorsque “l’oncle” Robert débarque chez ses amis de toujours, les Ricard, c’est pour proposer à Jean, seize ans, une bien périlleuse mission : celle de conduire des aviateurs britanniques en lieu sûr. Grisé par cette sensation d’être enfin utile à son pays, l’adolescent n’aura alors de cesse d’aider la Résistance de son mieux, au péril de sa vie…

L’auteur nous permet de découvrir la Seconde Guerre Mondiale telle q’elle a pu être vécue par des milliers d’adolescents. Alors que certains font le dos rond, sous couvert de suivre les instructions du Maréchal, d’autres résistent dans le plus grand secret. Grâce à la plume sobre et sensible de l’auteur, ce roman bien ficelé nous plonge dans la vérité du moment sans que le récit ne verse dans le morbide. Sont abordés des thèmes forts tels que le sens du devoir, la souffrance, la peur de mourir et aussi l’esprit de solidarité animant ces compagnons d’armes qui ont choisi de lutter au prix, bien souvent de leur vie. Respect et pardon ont aussi leur part dans ce livre intense, les dernières pages appelant à dépasser les sentiments de haine pour mieux reconstruire.

Publié chez Bayard

263 pages

Dès 13 ans

05/16/13

Devoir de mémoire

9782035850812FS

Guy, dix ans, surgit à la porte de la cuisine : « Les Allemands arrivent ! ». Mme Debard n’hésite pas une seconde, elle cache Anna et Klara derrière un tas de bûches. Les deux fillettes ne doivent surtout pas se faire remarquer, elles savent ce qu’elles encourent et ce que la famille française qui les a recueillies risque. Pour s’astreindre à bouger le moins possible, pour essayer de ne pas se focaliser sur le désagréable engourdissement de ses membres, Anna se souvient. Elle se souvient de ce triste jour d’octobre 1940 où la gestapo a débarqué dans leur appartement de Manheim. Tous les juifs du quartier ont été regroupés puis tassés dans un train dont la destination fut le camp de Gurs, en France. La fillette n’avait que 8 ans. Elle se souvient de la détresse d’Oma, sa grand-mère chérie ; elle se souvient des conditions de vie dans le camp : la mort qui rôdait mais aussi les petits bonheurs qui faisaient que l’on tenait malgré tout ; elle se souvient des cours de théologie organisés pour les plus jeunes. Et puis il y eut ce jour où elle entendit parler du Chambon-sur-Lignon ; ce jour où Mme Lévy, membre de l’OSE (œuvre de secours aux enfants), vint demander à sa mère si elle souhaitait sortir Anna de ce camp…

Particulièrement poignante, la lecture de ce roman, qui relate entre autre la mobilisation des habitants de Chambon-sur-Lignon pour cacher des centaines de Juifs avant de les faire passer en Suisse, se révèle très édifiante.

L’auteur s’étant appliquée à croquer avec délicatesse des personnages aussi vrais que nature, le lecteur se sent entraîné dans l’action. Le récit, intelligemment mené et mesuré, fait partager la peur, l’incompréhension et l’espoir d’une jeune fille juive face à l’Histoire qui s’écrit.

Anna, si courageuse, si attachante et si enthousiaste, nous fait vivre ces grandes heures d’espérance, de souffrance et de sacrifice avec une profondeur étonnante. Ses souvenirs, relatés dans un style particulièrement vivant, laissent une impression de vérité et de sincérité qui rend ses réactions et ses sentiments très authentiques. Le lecteur découvre, en même temps qu’elle, la montée inexorable de l’antisémitisme et les horreurs qu’il engendre.

Tout est suggéré avec pudeur. La force des prisonniers, qui survivent dans des conditions de vie inimaginables et doivent quotidiennement surmonter l’insurmontable, offre aux adolescents l’occasion de se recentrer sur l’essentiel.

Un dossier « Pour approfondir » reprend et complète certaines informations rencontrées au cours du récit.

Un roman pédagogique qui réussit à décrire les réalités en mêlant les événements et la fiction.

Une lecture constructive pour les adolescents qui doivent connaître le passé.

 

 Editions Larousse

Dans la même collection :

9782035866134FS

Qui a volé la pipe de Maigret ? En partant à la recherche de son accessoire favori, le plus célèbre commissaire de la Police judiciaire va résoudre une curieuse affaire, avec un vol apparemment sans butin et une disparition dans une pièce close. L’enquête qui se dessine est-elle aussi banale qu’elle en avait l’air ? Elle pourrait bien réserver quelques surprises à Jules Maigret… Un court récit mené avec brio par l’un des maîtres du roman à énigme.

03/14/13

Un roman historique pas comme les autres.

Pour les 14-15 ans

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1942, les nazis continuent leur œuvre de destruction et de propagande. Goebbels décide de créer un groupe de « musique de danse rythmée », pour rivaliser avec le jazz « cette musique dégénérée jouée par des sous-hommes » ; cela, dans le but de remonter le moral de la population et des troupes.

Wilhem Dussander, célèbre pianiste à la retraite, est alors convoqué chez Goebbels qui lui expose son projet. Contraint d’accepter, le vieil homme, auquel on a imposé la présence d’un fonctionnaire nazi, entreprend alors une tournée dans toute l’Allemagne pour recruter les membres du groupe…

 

Voici un roman sur une période douloureuse de l’histoire de l’Allemagne qui est racontée avec finesse et justesse. Les descriptions des situations sont évoquées avec tact et réalisme. Le courage et la solidarité, guidés par la seule amitié qui unit les jeunes musiciens sont des fils conducteurs de l’ouvrage : chacun, par son écoute discrète, accepte l’autre et l’aide à avancer. Un très beau roman historique où règnent tolérance et ouverture d’esprit, et qui dévoile avec respect et émotion une partie de l’Histoire. Un sujet peu abordé en littérature de jeunesse et traité ici avec talent.

 

02/21/13

Quand BD et biographie font un beau mariage !

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C’est le cas de Tom Morel  scénarisé par Jean-François Vivier et dessiné avec brio par Pierre-Emmanuel Dequest. Un album épatant qui évoque plus particulièrement les derniers mois de la vie de cet officier, issu de Saint-Cyr. Ces mois de 1944 où Tom Morel, formidable meneur d’hommes, anima, dans le maquis autour d’Annecy, la résistance contre l’occupant allemand.

Rigueur d’écriture et souci d’exactitude documentaire alliés à un trait expressif et dynamique rendent cette lecture captivante. Un bel hommage à cet homme, figure magistrale de l’engagement jusqu’à la mort.

Et pour vous, une interview de Jean-François Vivier qui a accepté de répondre à quelques questions –et je l’en remercie vivement !

 

Pourquoi une BD et pas un roman ?

Pour pouvoir toucher un jeune public qui lit de la BD et pas ou peu de livre. D’autant plus qu’il existe déjà deux biographies de Tom Morel.

L’épopée des Glières est beaucoup moins connue que celle du Vercors, il me semblait intéressant de la mettre en lumière.

L’écriture resserrée n’est-elle pas plus difficile ?

Certainement ! La BD est un exercice compliqué car le nombre de pages est très limité. Il m’a donc fallu choisir certains moments de sa vie pour essayer de donner toutes les dimensions (militaire, père de famille, chrétien, ou l’inverse !) de cet homme.

C’est ainsi que j’ai choisi de ne pas parler de son enfance et de commencer son histoire au début de la guerre de 40. C’est à partir de cet instant qu’il va donner la pleine mesure de ce qu’il était.

Pourquoi ce sujet ? Pourquoi cet homme ?

Il existe bien d’autres résistants certainement admirables, mais celui-ci sort du lot. Ce qui m’a plu chez lui, c’est qu’il ne ressemble en aucun point au Résistant que l’on nous décrit habituellement. J’ai décelé chez lui 3 dimensions (dont je parlais plus haut) qu’il mettait au même niveau, ayant ainsi une unité de vie plus qu’admirable. Et puis, il savait entraîner les hommes derrière lui. Aux Glières, il a eu sous ses ordres des militaires de carrière, des réfractaires au STO, des communistes, des Républicains espagnols…

D’autres projets ?

Oui ! Dont un qui est déjà en cours avec le même dessinateur. Une autre destinée militaire hors du commun ! A suivre…